Oui, cet été, comme des millions d’autres j’ai passé des semaines à faire les 400 coups à Québec, .. Avec le seul regret de ne pas avoir été un peu plus jeune pour me défoncer comme autrefois..
On s’est bien amusé tout en reconnaissant que ces beaux moments nous ont été offerts par des gens qui, pendant 400 ans, ont trimé dur pour survivre sans savoir qu’ils nous gratifieraient de ce spectacle, de cette fête.
Ils nous ont enseigné comment se dépasser.
De quoi véritablement fêter..
J’en ai appris sur Québec comme jamais.
Tant qu’à voyager dans le temps, pourquoi ne pas chercher aussi à couvrir de l’espace ?
Des amis avaient exprimé le désir de visiter la Gaspésie et, moi, je mourais d’envie d’y retourner. Ma dernière visite à Gaspé remontait à 1980 et c’était à l’occasion de la remise d’une contribution au Musée de la Gaspésie. Un voyage aller-retour en avion privé, ma chère.
J’avais hâte de revoir cette péninsule en forme de pince de homard que j’avais parcourue quelques années avant, pendant trois semaines avec ma famille..
Je me souvenais de villages gris et presque sans vie.
Ma foi, on peut maintenant parler d’une Gaspésie moderne.
Percé c’était mal foutu et respirait la misère. C’était plus hyppie et marginal qu’autre chose. Qui aurait osé dire que c’était la période de la naissance de toute une vie culturelle qui envahirait le Québec ?..
Voilà que Percé a pris l’air d’une station balnéaire proprette, que les maisons sont fleuries ici comme sur tout le pourtour de la Gaspésie, que les gens semblent encore plus joyeux et empressés ( ça, ce n’est pas nouveau ). Évidemment, il y a aussi ces boutiques accroche-touristes qui vous poussent la camelote de Chine, faute de mieux. Les vraies boutiques n’en sont que plus intéressantes. Je pense à celle de Martin Boucher Arsenault, «Wazo », entre autres.. Un bijou !
Et Percé vu du Mont Ste Anne ! OUF
Je dois reconnaître que je m’étais préparé de longue date à ce voyage. Mieux que la première fois. J’avais alors une caisse pleine de dépliants publicitaires et nous essayions de découvrir des nouveautés à l’aide des familles chez qui nous logions.
Cet été, je me suis intéressé à la géologie, à l’histoire des Gaspésiens, à leur vie actuelle.
Et surtout à l’évolution de leur société, parce qu’ils sont différents nos Gaspésiens, tout en étant aussi fièrement Québécois que nous..
Un mélange de Micmacs ou Malécites, d’Acadiens déportés, d’Irlandais, de Jersiais, d’Allemands, de Français, Écossais et même de descendants d’anciens esclaves noirs.
Une vague de l’Ouest, les colons de la Nouvelle-France en quête de terres suite à l’Occupation; une vague de l’est, des marchands des Iles jersiaises, les Robin et cie ; une vague du sud , les Loyalistes venus des états américains et qui voleront les aboiteaux des Acadiens..
Nos Micmacs et Malécites, eux, pourtant membres d’une grande famille de nations indiennes, dont la Gaspésie était séculairement terrain de chasse, se faisaient marcher dessus et piller par tout ce beau monde..
Et chacun a tenté d’assimiler l’autre.
Deux sœurs rencontrées à Carleton sur Mer qui se présentent en disant : « Elle est plus anglaise que moi, c’est de par son mari.. Tu comprends, cher ? »
Mon plus beau souvenir de ce voyage ?
Est-ce cette rencontre avec Wasaweg ( Lillian Germain), une fière Micmac de Listuguj, à Ristigouche? Son sens de l’accueil pérenne s’est combiné à sa grande générosité.
Elle nous a gratifié d’un cours de micmaque, langue que leurs écoles ont recommencé à enseigner. Quelle joie dans ses yeux. Quelle émotion dans les nôtres.!!
Ou est-ce le plaisir d’apprendre, au pied du rocher Percé, que le cap Mont Joli est la fin d’un géosynclinal qui passe sous terre pour aboutir à Gaspé ? Alexandra, la naturaliste, serait probablement heureuse de savoir que nous avons retenu cette information. Comment oublier, elle nous parlait d’une formation géologique vieille de 400 millions d’année..?
Ou est-ce, à Percé, au Riotel, Marie Nicholas de Ferrer dont la culture est si universelle et substantielle qu’elle nous a surpris à vouloir, en vain, la piéger. Et elle nous a estomaquée en nous apprenant qu’on pouvait endormir un homard en lui flattant le dessus de la tête. Mieux, elle en a fait un roman : « Si le homard s’éveillait», dont la suite est à paraître bientôt. ?
Ou est-ce ce bûcheron de Matane, au visage envahi d’une forêt de rides, qui nous a guidé dans les vieilles rues de son coin, puis nous a conduit à la passe aux saumons, et nous a quitté le sourire aux lèvres, fier d’avoir accompli, encore une fois, son devoir.?
Ou encore, M. Richard de Grande Vallée qui nous a fait visiter son jardin et ses splendides roses trémières rouges doubles et qui a même tenu sa promesse de nous envoyer des graines, lesquelles nous avons reçu le matin même que je rédigeais ce billet.? Il a même réussi à nous faire oublier le pont couvert pour lequel nous nous étions déplacés..
Ou encore, est-ce Julie Cyr du restaurant « L’Étale » de Port Daniel qui nous a conseillé un club sandwich au crabe frais ( concocté par Jeannine Caspilloux) de préférence à celui au homard. ? Le meilleur jamais dégusté et nous l’avons fait en regardant un héron pêcher lentement dans les eaux du marais sans se laisser déranger par un superbe chien policier qui aidait son maître à entrer du bois ( pour l’hiver déjà ? )
Ou est-ce, en fin de voyage, aux portes de l’Enfer, à 40 kilomètres de Rimouski, d’entendre notre compagnon de voyage lancer un véritable cri primal devant la beauté sauvage du paysage. Dire que des hommes se sont échinés ici pour gagner quelques dollars à draver du bois dans ces torrents inaccessibles ..Vraiment infernal ! .. Maudite misère..
Aujourd’hui, ce sont des volontaires, tels René Gagné et son frère Patrice, et Gaétan Brisson de St Narcisse de Rimouski qui entretiennent l’escalier de 318 marches ( c’est 636 à descendre et monter ) qui mène au gouffre..
Je ne saurais répondre.
Je crois que c’est le contact humain..
Il est certain que ces immenses paysages ont formé des gens grandioses.
Et que ces mêmes personnes apportent à la nature une expérience de vie unique qui imprègne toute l’atmosphère de la Gaspésie.
Le vent chante leur joies et leurs peines.
L’air salin conserve le parfum de leurs sourires.
La lumière est le reflet de leur âme..
Publié par : jenais
à 09:37:45
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